Songes

Noir nuit, nuit noire, un soir... Du noir tout autour de moi, il suit chacun de mes pas. Je le hais, je le fuis mais il me rattrape chaque nuit. Il m'écrase, j'ai peur. Il m'étouffe, je meurs. Aidez-moi !

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Puis, le flash ! Une lumière blanche, intense... Souvenir de mon enfance ou illusion de mes sens ? Non, ne m'emmenez pas ! Je ne veux pas mourir, pas déjà !

Mais ce ne sont pas des anges que j'entends. Des gens ordinaires seulement. Ces gens que je croise à chaque coin de rue, tourbillon infini, infernale cohue. Ils sont comme la merde : toujours là où on ne s'y attend pas. Peu à peu, la lueur se fait douceur...

Horreur ! tas de décombres, l'endroit est sombre. Les gens prient, les dalles supplient, les murs pleurent. À quoi bon prier quand on est aussi bas ? Quel dieu pourrait encore se soucier de leur désarroi ? Leurs haleines empestent, l'air aussi. Est-ce lui qui les ronge à pas lents ou leur puanteur qui infeste tout, doucement ? 

Juste devant moi, une masse repoussante, difforme, encombrante, énorme. Je la pousse de la pointe du pied. Un râle, un cri. "La bourge, la riche, dehors !" Ma vie n'est pas rose, elle est couleur or. Je n'y peux rien : la classe, on ne l'obtient pas du jour au lendemain. Qu'elle fasse pas chier !

Deux minutes encore à attendre, une éternité. Une détonation. Je vois un homme tomber. Aucune imagination, triste à pleurer. Le métro arrive, enfin. Les portes s'ouvrent, l'enfer est déjà loin... 

Un avion s'écrase, deux cent personnes tuées. Arrêtez de pleurer, ils sont enfin heureux. Séchez vos larmes, tout va pour le mieux. Publicité... manger ? Ce matin, ce midi, ce soir... rien. Toujours le même problème : j'ai faim. L'horloge affiche 6h35, je dois me presser. Faire mon lit, ranger... Le premier métro vient d'arriver, monstre vrombissant déversant imperturbablement son flot de passagers. Je m'arrange, ma journée commence...

À vot' bon coeur, m'ssieurs, dames, une p'tite pièce pour manger !